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Fiche de cours

Penser sociologiquement "l'enfance"

Think sociologically of the childhood

Faculté de gestion: Faculté des sciences sociales et politiques (SSP)

Responsable(s): Pierre-Emmanuel Sorignet
Intervenant(s): -

Période de validité: 2013 -> 2014

Pas d'horaire défini.

Séminaire

Annuel
2 heures par semaine
56 heures par année

Langue(s) d'enseignement: français
Public: Oui
Crédits: 6.00

Contenu

Les sciences sociales ne constituent pas des sciences « habituelles » de l'enfance, par
comparaison avec les sciences cliniques et médicales en particulier. Pourtant, elles peuvent
apporter beaucoup à la compréhension du jeune âge, autour des notions d'historicisation de
l'enfance, de socialisation primaire ou encore de différenciation sociale des enfants. La prise
en compte des réalités institutionnelles n'étant pas au coeur, loin de là, des approches
habituelles de l'enfance, ce type de constat invite en lui-même à faire une place aux sciences
sociales de l'enfance.
Sous l'impulsion en particulier de la sociologie, les sciences sociales sont par ailleurs
également porteuses d'une compréhension théorique spécifique du jeune âge, autour de la
notion de « socialisation ». Avec cette idée de socialisation, dite « primaire » il s'agit non plus
de se demander comment un enfant devient adulte (comment il se « développe »), mais plutôt
s'interroger sur la genèse, souvent précoce, de propriétés présentées par des personnalités
sociales achevées - qu'il s'agisse de leurs « techniques du corps », de leurs comportements
typiques ou encore de leurs schémas de pensée ordinaires.
Les sciences sociales soulèvent des questions qui touchent à la fois aux principes et aux
techniques d'étude de l'enfance : est-il légitime de partir de l'idée que les enfants se
développent tous de la même façon, moyennant seulement quelques déviations - ou faut-il
d'emblée chercher à rendre compte de la variation des manières d'être enfant, et de faire avec
les enfants ? À quoi tiennent au juste les différences observées ? Que doivent-elles aux
conditions immédiates d'existence, aux lieux où les enfants vivent, aux personnes avec
lesquelles ils interagissent au quotidien, etc. ?
C'est cette entrée par la différenciation sociale des enfants sur laquelle nous insisterons. Il ne
s'agit pas tant de montrer comment on devient membre d'une société « en général », mais
plutôt comment on en vient à y occuper une position distinctive, en termes de classe sociale,
de genre, d'orientation sexuelle, etc.
S'intéresser à la différenciation sociale des enfants, c'est alors observer les conditions
d'existence qui les amènent à se singulariser
Dans ce cadre on prolongera la réflexion en prenant en compte les perceptions enfantines des
différences entre enfants. S'ils sont objectivement différents les uns des autres, s'ils font par
ailleurs l'objet d'identifications variées, dans quelle mesure les enfants sont-ils de surcroît
eux-mêmes sensibles à ce qui les distingue ?
Cette perspective oblige à déplacer le regard, en étudiant non plus seulement les adultes
entourant les enfants mais les enfants eux-mêmes. Se pose dès lors la question des modalités
d'observation, de recueils de donnés avec des enquêtés très jeunes.
On pourra répondre à cet enjeu en privilégiant, par exemple, les « histoires de familles » les
discours des mères et de leurs enfants ensemble, interroger les pratiques sportives et
artistiques. Plus largement, cela invite à questionner les perceptions différenciées du monde
social, les arguments avancés par les enfants pour justifier des classements. Cette diversité est
aussi une diversité de méthodes employées, tant il n'est pas simple d'étudier les enfances.
Dans ce cadre on insistera sur une réflexion autour de l'approche ethnographique et plus
particulièrement autour de l'observation participante. Il s'agira de « défendre l'idée que
l'observation participante avec des enfants, comme d'autres techniques d'observation, est
possible grâce à un travail spécifique portant d'une part sur le corps et, d'autre part, sur le
statut proprement symbolique de l'ethnographe, travail collectif puisqu'il est inséparablement
celui de l'ethnographe lui-même, celui des enfants enquêtés, et celui des agents institutionnels
qui à divers titres « gardent le terrain » »1.
Les étudiants développeront un terrain de recherche singulier permettant de développer le
programme proposé ci dessus. Ainsi les familles, les associations sportives, artistiques, les
crèches, les écoles enfantines mais aussi la construction des politiques de la petite enfance au
niveau des communes et des cantons, les écoles de formations des puéricultrices (comprenant
l'étude des programmes de formations et les propriétés sociales des recrutés) à l'étude des
politiques publiques concernant la petite enfance en Suisse seront des terrains privilégiés.
L'approche essentiellement tournée autour d'une ethnographie de la petite enfance pourra
inclure des dimensions plus quantitatives selon la spécificité du terrain étudié.
L'année se déroulera en deux étapes. Au premier semestre l'acquisition de compétences bibliographiques spécifiques à l'objet ainsi que la définition du terrain étudié en fonction de
son accessibilité. Au deuxième semestre la réalisation de l'enquête avec une dimension
réflexive sur les méthodes d'enquêtes mobilisées.

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