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Fiche de cours

Eléments d'histoire environnementale

Introduction to environmental history

Faculté de gestion: Faculté des géosciences et de l'environnement (FGSE)

Responsable(s): Fabien Locher, Gregory Quenet
Intervenant(s): Fabien Locher, Gregory Quenet

Période de validité: 2015 ->

Horaires du cours (Apériodique)

Date Lieu Remarque Thématique Intervenant(s)
10.10.2019 de 09:15 à 12:00 Géopolis/2137     
10.10.2019 de 13:15 à 16:00 Géopolis/2121     
11.10.2019 de 09:15 à 12:00 Géopolis/1628     
21.11.2019 de 09:15 à 12:00 Géopolis/2129     
21.11.2019 de 13:15 à 16:00 Géopolis/2129     
22.11.2019 de 09:15 à 12:00 Géopolis/1628     

Cours

Semestre d'automne
18 heures par semestre
Apériodique
Langue(s) d'enseignement: français
Public: Oui
Crédits: 3.00

Objectif

Cette approche, aujourd'hui florissante à l'échelle internationale, place au coeur de l'analyse les dimensions socio-écologiques des grands processus historiques, et leurs effets croisés sur les environnements. Elle propose ainsi un nouveau regard sur l'histoire, qui amène à revisiter des questions aussi larges que l'Etat, la ville, la guerre, la propriété ou l'impérialisme dans leurs liens aux réalités et aux changements environnementaux. Ce faisant, elle contribue à caractériser les trajectoires socio-écologiques de long terme qui ont jeté les bases de la crise environnementale contemporaine et de notre « âge de l'anthropocène ».

Cet enseignement se donne quatre objectifs essentiels :

-Penser l'historicité de nos cadres de pensée et de perception des environnements et des interactions homme/nature, pour en questionner les fondements et accroître notre aptitude au changement

-Analyser les trajectoires socio-écologiques de long terme aux sources de la crise environnementale contemporaine

-Développer des analyses originales des questions environnementales contemporaines, à partir d'une perspective historique, prenant en compte le temps long des environnements et des sociétés

-Maîtriser les fondamentaux d'une approche, l'histoire environnementale, aujourd'hui florissante à l'échelle internationale et dont les apports ouvrent à la fois de nouveaux horizons à la recherche historique, et en renouvellent certains des objets classiques

Contenu

Le paysage, tout d'abord, est une notion clé pour introduire les méthodes et les perspectives de l'histoire environnementale. En effet, le terme est bien antérieur à ce nouveau champ de recherche et son usage parallèle à celui de milieu, d'espace et d'environnement. Depuis, les approches de Philippe Descola sur l'anthropologie de la nature en ont fait un des arguments de la critique du dualisme occidental, cette forme d'ontologie qui sépare nature et culture : le paysage fonctionne comme une mise à distance, par le paradoxe d'une « objectivation du subjectif » (Panofsky). Malgré tout, l'histoire environnementale a essayé de saisir ensemble la matérialité agissante des changements environnementaux et la dimension opératoire des représentations. Le débat sur la nature sauvage (la wilderness) a donné lieu à une des controverses les plus vives entre historiens de l'environnement. Le paysage sera donc abordé ici dans ses différentes dimensions : celle d'un espace socio-écologique pouvant donner lieu à une analyse totale, celle des catégories des description de la nature qui lui donnent sens, celle enfin des grandes formes paysagères (la montagne, le littoral) qui scandent l'histoire occidentale.
L'histoire de la conservation apparaît, elle aussi, comme une notion stratégique. Historiographiquement, elle a été à l'origine des mouvements environnementalistes, de l'éthique de la nature et, donc, d'un certain nombre d'études sur l'environnement. Les travaux en histoire environnementale ont cependant montré comment ce complexe de politique et de sciences a servi à légitimer la mise à l'écart des populations locales, d'abord dans les parcs naturels des pays occidentaux puis dans les colonies. Une fois ces critiques formulées, comment aborder la question des ressources et de leur gestion durable ? Et à qui appartient la nature ? La patrimonialisation est-elle aujourd'hui un nouveau visage de ces logiques d'appropriation ? Ces questions seront abordées à travers une série d'études de cas.
Vieil objet, la ville a vu elle aussi sa compréhension renouvelée par les historiens de l'environnement. La discussion sur la légitimité intellectuelle de cet objet a permis de poser la question des frontières entre nature et culture. L'histoire des pollutions et des risques s'est concentrée autour des espaces urbanisés. Dépendance au sentier, réseaux techniques, métabolisme sont des outils opératoires pour analyser les villes. La présentation s'intéressera tout particulièrement à un modèle d'intelligibilité, les éco-biographies de villes qui ont proposé des monographies urbaines d'un genre nouveau, définissant les villes comme des assemblages homme / nature aux formes spécifiques.
Une troisième thématique abordée dans ce cours sera celle des interactions entre guerre et environnement. Elles ont été au cours de l'histoire, et particulièrement au XXe siècle, un opérateur majeur de transformation de la biosphère, et de configuration des rapports Nature/Société. Les deux guerres mondiales, les affrontements de la guerre froide et de la décolonisation ont suscité des destructions environnementales à grande échelle. La préparation des conflits, et notamment la mise au point, le test et la production des armements, a produit des effets non moins massifs. Songeons simplement à l'héritage d'un demi-siècle de nucléaire militaire, avec son archipel de zones contaminées, du Nevada aux îles Bikini, de Mururoa à l'Asie centrale post-soviétique. Mais ces impacts directs ne résument pas l'influence du phénomène guerrier dans la définition de notre rapport à la biosphère. La guerre façonne également, ainsi, les systèmes de normes qui régissent notre rapport à l'environnement - en les infléchissant vers plus de violence - et cela transforme en retour l'agir guerrier. Dans un autre registre, on sait aujourd'hui à quel point la construction même de l'objet 'environnement' et l'essor de l'environnementalisme comme mouvement social, intellectuel et culturel se sont dessinés au XXe siècle en lien étroit avec les pratiques et les discours militaires, et leur contestation. La guerre est l'un des ingrédients essentiels qui a présidé à la crise environnementale contemporaine, en forgeant sa réalité concrète comme sa perception par les sociétés.
Nous nous arrêterons également sur la question du changement climatique, saisie dans une perspective de longue durée (au-delà du temps court des 2 ou 3 dernières décennies). C'est là l'une des thématiques les plus dynamiques de l'histoire environnementale. On connaît aujourd'hui de mieux en mieux la place que cette question a occupé, dès l'époque moderne, dans l'histoire des savoirs et des représentations de la nature. Depuis le XVIIe siècle, l'historicité des climats et l'action de l'homme sur ceux-ci sont des questions discutées et étudiées par les navigateurs, les savants, les philosophes. A l'époque moderne et jusqu'au mitant du XIXe siècle, l'idée d'un changement anthropique suscite des anxiétés -qui alimentent une forme spécifique de conscience environnementale- et suscite des projets des gouvernements pour « améliorer » les climats, les territoires et les êtres qui les habitent (hommes, animaux, végétaux). Après une période d'éclipse, l'après seconde guerre mondiale verra un retour progressif de cette question, sous le tour spécifique que lui donne désormais les enjeux du changement climatique global, produit par les gaz à effet de serre.
Les systèmes de propriété sont une instance centrale de mise en société des environnements : ils définissent leurs usages légitimes, aménagent leurs modes d'exploitation et de protection, les transforment en fonction de critères et de contraintes d'appropriation. La propriété façonne ainsi, dans un même mouvement, le visage de la nature anthropisée et les relations sociales qu'engage sa symbiose avec les sociétés humaines. Si l'histoire environnementale s'empare aujourd'hui de cette question, c'est en lien étroit avec les enjeux, essentiels, que les interactions environnement/propriété posent aujourd'hui dans la définition de formes de gouvernement durables, équitables et démocratiques : essor du modèle des « communs » et de la propriété commune (avec notamment les théories de l'économiste Elinor Ostrom) ; critique des institutions de la propriété privée et/ou publique sous l'angle de leurs effets socio-écologiques ; problèmes concrets posés par la création de dispositifs comme les aires protégées. L'histoire environnementale fait entendre, dans ce champ d'étude trop longtemps réservé au Droit et à l'Economie, une voix originale, fondée sur l'étude de cas historiques concrets et sur l'ambition de dépasser les cadres idéologiques préformés hérités du passé.
L'histoire environnementale globale, enfin, concentrera notre attention. Celle-ci se définit moins en termes de questionnement que d'échelle d'analyse : ici, l'histoire des interactions nature(s)/société(s) est saisie sur de très grandes échelles spatiales (continents, bassins océaniques, planète toute entière) et sur des échelles de temps qui vont du siècle au millénaire, et au-delà. Mais cela permet aussi de poser des problèmes spécifiques, qui se jouent à ces échelles : analyse des inégalités de puissance à l'échelle planétaire (entre colonisateurs et colonisés, entre « Nord » et « Sud »), ce qui est l'une des grandes interrogations portées par l'histoire environnementale, depuis ses origines ; étude des processus d'« effondrements » sociétaux, considérés dans une perspective mondiale et de longue durée, et sous l'angle de leurs déterminations écologiques ; bilan et analyse globale des atteintes environnementales planétaires ; tentatives pour croiser l'histoire environnementale avec les nouveaux récits de l'« histoire globale » qui écrit aujourd'hui l'histoire du monde vue de Chine, d'Inde ou d'Afrique - et plus seulement d'Europe.

Evaluation

Production d'un texte de recherche sur un objet susceptible d'une approche en termes d'histoire environnementale (15.000-20.000 signes).

Bibliographie

Jean-Baptiste Fressoz, Frédéric Graber, Fabien Locher, Grégory Quenet, Introduction à l'histoire environnementale, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2014

Jean-Baptiste Fressoz, Fabien Locher, « The Frail Climate of Modernity. A Climate History of Environmental Reflexivity », Critical Inquiry, 38(3), 2012, pp. 579-598

Richard Grove, Green Imperialism: Colonial Expansion, Tropical Island Edens and the Origins of Environmentalism. 1600-1860, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.

Fabien Locher, Grégory Quenet, « L'histoire environnementale : origines, enjeux et perspectives d'un nouveau chantier historique », Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 56(4), 2009, pp. 7-38

Fabien Locher, « Les pâturages de la guerre froide. Garrett Hardin et la Tragédie des communs », Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 60(1), 2013, pp. 7-36

Edmund Russell, War and Nature. Fighting Humans and Insects with Chemicals from World War I to Silent Spring, New York, Cambridge University Press, 2001

Exigences du cursus d'études

Pas de prérequis en histoire ou en sciences sociales

UtilisationCode facultéStatutCrédits
Enseignements supplémentaires en fondements et pratiques de la durabilité (hors cursus MA) (2018 ->) ›› Enseignements supplémentaires en fondements et pratiques de la durabilité (hors cursus MA)Optionnel3.00
MA en sciences des religions (2015 ->) ›› Compétences spécifiques - MA-SR-40Non finalisé3.00
Maîtrise universitaire en fondements et pratiques de la durabilité (2018 ->) ›› Module 1 - Fondamentaux I : Philosophie, éthique, histoireObligatoire3.00
Maîtrise universitaire en fondements et pratiques de la durabilité (2019 ->) ›› Module 1 - Fondamentaux I : Philosophie, éthique, histoireObligatoire3.00
Maîtrise universitaire en fondements et pratiques de la durabilité (2015 ->) ›› Module 1: Fondamentaux I: catégories du temps long - Philosophie, éthique, histoireObligatoire3.00
Maîtrise universitaire en fondements et pratiques de la durabilité (2017 ->) ›› Module 1: Fondamentaux I: catégories du temps long - Philosophie, éthique, histoireObligatoire3.00
Maîtrise universitaire en études du tourisme (2016 ->) ›› Module 6 : Enseignements à choixOptionnel3.00
Maîtrise universitaire en études du tourisme (2018 ->) ›› Module 6 : Enseignements à choixOptionnel3.00
Maîtrise universitaire en études du tourisme (2019 ->) ›› Module 6 : Enseignements à choixOptionnel3.00
Plan libre en GSE (mobilité, auditeurs, hôtes, externes) (2011 ->) ›› Niveau masterOptionnel3.00
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