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Fiche de cours

Atelier "Dynamiques sociales I"

Workshop "social dynamics I"

Faculté de gestion: Faculté des sciences sociales et politiques (SSP)

Responsable(s): Jacques-Antoine Gauthier, Jean-Marie Le Goff
Intervenant(s): -

Période de validité: 2015 -> 2016

Pas d'horaire défini.

Cours

Semestre de printemps
8 heures par semaine

Langue(s) d'enseignement: français
Public: Oui
Crédits: 12.00

Objectif

Initiation à la recherche en sciences sociales avec une perspective parcours de vie

Contenu

Objectifs généraux de l'atelier
La perspective du parcours de vie repose sur un ensemble de notions dans lesquelles le temps joue un rôle central, tant du point de vue de la dynamique des parcours eux-mêmes, que du point de vue de leur inscription historique, sur une échelle allant du niveau le plus microscopique (individu, couple) au niveau le plus macroscopique (Etats). Elle insiste sur le caractère processuel et multidimensionnel de l'intégration sociale des individus, qui se réalise sous l'effet de facteurs institutionnels et psycho-sociaux. Tout en soulignant qu'une situation sociale donnée dépend fortement des conditions qui l'ont précédées, cette perspective vise à dépasser les modèles déterministes en postulant l'existence de mécanismes de cumul d'avantages et de désavantages, mais aussi de compensations, survenant dans différents domaines, tout au long de la vie.
Globalement, cette perspective cherche à identifier et à analyser les différents aspects de la dynamique temporelle des parcours de vie. Elle s'intéresse en particulier aux :
- différentes phases de la vie, considérées comme des états stables, de durée variable, et caractérisées par des attentes et rôles sociaux particuliers ;
- événements, plus ou moins prévisibles ou attendus, pouvant survenir à différents moments de la vie, ainsi qu'aux conséquences de ces événements ;
- transitions de vie et aux changements de rôles qui leur sont associées ;
- trajectoires de vie considérées comme des ensembles cohérents d'étapes, de transitions et d'événements ;
- différentes sphères de la vie sociale (famille, profession, lieu de résidence, ...) ;
- interdépendances entre les différentes sphères d'un ou de plusieurs individus, en particulier lors d'événements ou de transitions de vie ;
- liens existants entre le contexte sociétal et les parcours de vie individuels;

Sur le plan empirique, l'analyse des parcours de vie repose sur une approche longitudinale, quantitative et/ou qualitative. Elle suppose d'adopter une collecte de données et des méthodes d'analyses spécifiques, à même de rendre compte des dynamiques temporelles des parcours individuels et de leur insertion dans des contextes sociaux.
A partir de la perspective du parcours de vie, cet enseignement propose une approche pratique de la recherche empirique en sciences sociales. Il s'appuie sur une combinaison de méthodes quantitatives d'une part et qualitatives d'autre part, qui seront mobilisées pour étudier une thématique particulière, par exemple, la transition à la parentalité, l'entrée dans le marché du travail, le départ à la retraite.
Le volet quantitatif visera l'apprentissage de techniques d'analyse longitudinales, en particulier l'optimal matching analysis, un outil descriptif qui permet de créer et de comparer des types de trajectoires de vie individuelles. Des exploitations statistiques uni-, bi- et multivariées permettront de mettre en relation les trajectoires avec une sélection d'indicateurs sociologiquement pertinents afin d'identifier les mécanismes sociaux qui les sous-tendent. Les données utilisées seront celles fournies par le Panel suisse de ménages (www.swisspanel.ch) ou d'autres enquêtes comparables. Les analyses associées au volet quantitatif seront réalisées à l'aide du logiciel open source R (www.r-project.org).
Le volet qualitatif visera l'apprentissage et la mise en pratique de méthodes de recueil et d'analyse de discours oraux et écrits sur la manière dont les trajectoires de vie sont perçues et vécues par les individus ou appréhendées par les acteurs institutionnels. Il mettra tout d'abord l'accent sur l'intérêt et les enjeux des entretiens individuels semi-directifs pour étudier les parcours de vie dans une perspective systémique ; l'atelier s'appuiera sur la préparation, la collecte et l'analyse de données originales. Dans le même temps, et afin de contextualiser les trajectoires individuelles, un corpus de de données publiques, institutionnelles ou de documents issus de la presse sera constitué et analysé.
Un effort particulier sera fourni pour esquisser une démarche « multi-méthodes » à travers la mise en résonance des résultats produits dans l'un et l'autre des deux volets.
Le développement par l'étudiante (sous la supervision des enseignantes) d'un projet original, réalisé en groupe dans le cadre de l'atelier, permettra d'approfondir un aspect particulier de la thématique étudiée et d'appliquer les différentes techniques abordées durant le cours, de présenter et de discuter les résultats obtenus.

Thématique de l'atelier : La transition à la parentalité au prisme du parcours de vie : une approche multi-méthodes
Cette année, l'atelier a pour objectif d'analyser la transition à la parentalité, c'est-à-dire le moment du parcours de vie où des femmes et des hommes deviennent parents pour la première fois. Cette étape du parcours de vie est caractérisée par de nombreux changements au sein des couples : changements professionnels, transformation de la division du travail, reconfiguration du réseau social, ajustement identitaire, pour n'en citer que quelques-uns. L'approche théorique utilisée pour analyser la transition à la parentalité reposera en particulier sur la notion de « statut maître sexué », centrale dans le domaine de l'analyse des parcours de vie.
La notion de statut maître sexué postule que les différences entre les parcours de vie des femmes et des hommes sont liées à des insertions prioritaires dans des domaines de vie différents, les uns étant subordonnés aux autres de manière symétrique en fonction principalement du sexe. Dans le cas des hommes, le domaine de vie prioritaire est le champ professionnel dans lequel ils exercent le plus souvent une activité continue à plein temps. Pour eux, les insertions dans les autres domaines, notamment le domaine de la vie familiale, sont subordonnées à cette insertion principale. Pour les femmes, le domaine prioritaire est celui de la famille à travers l'encadrement des enfants et la responsabilité des tâches domestiques. Pour elles, ce sont les insertions dans d'autres domaines, particulièrement le domaine de la vie professionnelle (fréquemment discontinue et à temps partiel, rythmée par les événements de la vie familiale), qui sont subordonnées à cette insertion principale.
Dans la perspective des statuts-maître sexués, on postule que ces insertions prioritaires diffèrent entre les hommes et les femmes pour des raisons essentiellement institutionnelles, observables à des niveaux systémiques différents. Les systèmes de formations scolaires et professionnelles - organisés autour de filières sexuées offrant des perspectives de mobilité verticale différenciées - se réfèrent ainsi encore plus ou moins explicitement au modèle de la famille nucléaire dominant dans les années soixante, dans lequel les hommes et les femmes ont des rôles différents et complémentaires, respectivement de pourvoyeurs de ressources financières pour les premiers et domestico-éducatives pour les secondes. Il en va de même pour un certain nombre de politiques sociales, notamment celles sous-tendant les infrastructures de garde de la petite enfance ou l'encouragement au congé parental des pères. Ces contraintes institutionnelles peuvent significativement influencer les décisions individuelles en matière de carrière professionnelle et/ou d'organisation conjugale et familiale. Si l'on se place à un autre niveau, on peut considérer d'autres sources d'influence, comme par exemple le type de réseaux sociaux dans lesquels les individus sont insérés, le niveau de soutien social dont ils bénéficient, les caractéristiques de leur milieu de vie ou la nature et la diffusion des normes sociales qui peuvent contribuer à la sexuation des parcours de vie.
Dans ce cadre d'analyse, l'étude de la transition à la parentalité est particulièrement éclairante, car, ce moment du parcours de vie s'accompagne très souvent d'une actualisation des statuts-maîtres sexués des conjoints, le plus souvent à l'état latent dans les étapes antérieures du parcours de vie.
Se plaçant dans cette perspective de recherche, les travaux qui seront menés dans cet atelier visent à identifier et analyser les liens existant entre les manifestations des statuts-maîtres sexués durant la transition à la parentalité et ses déterminants sociaux et institutionnels.
Après une revue de la littérature et une introduction aux méthodologies quantitatives et qualitatives qui seront mises en oeuvre durant cet atelier, les travaux seront développés en deux temps.
En premier lieu, l'ensemble des étudianes travaillera sur les données de l'enquête biographique du panel suisse des ménages (PSM3) en vue de montrer les liens différenciés qui existent sur le temps long entre vie familiale et vie professionnelle chez les hommes et chez les femmes.
Dans un deuxième temps, les étudiants, par groupe de trois, développeront une recherche spécifique en utilisant un design de méthodes mixtes, c'est à dire associant les approches quantitatives (analyses statistiques) et qualitatives (entretiens face à face, visite de sites, compilation de documents institutionnels, ...).
Plusieurs sujet seront définis, par exemple:
- Qui fait quoi dans le ménage en relation avec la manifestation des statuts maître sexués?
- Quels sont les enjeux spatiaux liés la transition à la parentalité ?
- Comment articuler statut maître et stratification sociale ?
- etc.

Les travaux dans chacun des sous-projets seront réalisés à partir des données quantitatives d'enquêtes existantes, ainsi qu'à partir de l'analyse d'un corpus de données qualitatives qui seront collectées par les étudiantes auprès de couples et d'acteurs institutionnels (représentants de crèches, responsables RH dans des entreprises, associations de soutien aux familles, etc.) et/ou constituées de documents (articles de presse, textes politiques ou réglementaires).

Evaluation

Evaluation sous forme de contrôle continu:
- présentation d'un corpus d'articles scientifiques
- participation au terrain
- restitution de résultats
- Participation au rapport final

Les notes attribuées au 3 premiers points auront un coefficient de 1/6 alors que celle attribué au 3 point auront un coefficient de 3/6

Bibliographie

Alexander, J. C., & Giesen, B. (1987). From reduction to linkage: the long view of the micro-macro debate. In J. C. Alexander, B. Giesen, Münch, R. & N. Smelser (éd.), The micro-macro link (p. 1 44). Univ of California Press.
Grossetti, M. (2011). L'espace à trois dimensions des phénomènes sociaux. Échelles d'action et d'analyse. SociologieS. Disponible en ligne : http://sociologies.revues.org/3466.
Krüger, H., & Levy, R. (2001). Linking life courses, work, and the family: Theorizing a not so visible nexus between women and men. Canadian Journal of Sociology/Cahiers canadiens de sociologie, 26(2), 145-166. doi:10.2307/3341676
Le Goff, J.-M., Levy R. (2016). Devenir parents, devenir inégaux. Transition à la parentalité et inégalités de genre. Zurich: SEISMO.
Levy, R., & Widmer, E. (2013). Gendered life courses between standardization and individualization: a European approach applied to Switzerland. Wien: Lit Verlag.

Exigences du cursus d'études

Pas de prérequis, mais être à l'aise avec les méthodes quantitatives et plus généralement les méthodes mixtes constitue un plus.

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